Recommencer sa vie à zéro… vraiment?

Se perdre. Tout perdre. Puis recommencer.
On entend souvent cette expression : « J’ai dû recommencer ma vie à zéro. »
Après un traumatisme, un diagnostic de TSPT, une séparation, une maladie, la perte d’un emploi ou l’effondrement de tout ce qui nous définissait, c’est exactement l’impression que l’on peut avoir.
Comme si notre ancienne vie avait été balayée.
Comme s’il ne restait plus rien.
Mais avec le temps, j’ai compris une chose importante : on ne recommence jamais vraiment à zéro.
Quand tout ce que l’on connaissait disparaît
Le TSPT ne bouleverse pas seulement notre santé mentale. Il peut transformer notre rapport au monde, aux autres et à nous-mêmes.
On ne se reconnaît plus.
Le corps reste constamment en état d’alerte. Le sommeil devient difficile. Les souvenirs reviennent sans prévenir. La confiance s’effrite. Des endroits, des bruits ou des situations qui semblaient autrefois ordinaires deviennent soudainement menaçants.
On peut perdre notre emploi, certaines relations, nos repères et même l’image que nous avions de nous-mêmes.
Pour ma part, j’ai longtemps cru que mon identité reposait sur ce que je faisais. J’étais policière, gestionnaire, mère, conjointe, femme forte. J’étais celle qui aidait, qui protégeait et qui trouvait des solutions.
Puis un jour, tout s’est écroulé.
J’ai frappé un mur.
Pas un petit mur que l’on contourne facilement. Un mur immense qui m’a forcée à m’arrêter et à regarder ce que j’avais tenté d’ignorer pendant trop longtemps.
Lorsque notre vie s’effondre ainsi, nous pouvons réellement avoir l’impression de ne plus rien posséder. Pourtant, même au cœur de cette tempête, tout n’est pas perdu.
Nous ne repartons pas les mains vides
Lorsque nous recommençons, nous apportons avec nous notre histoire.
Nous recommençons avec nos expériences, nos blessures et nos cicatrices. Avec les erreurs qui nous ont fait grandir, les épreuves que nous avons traversées et toutes les fois où nous pensions ne jamais réussir à nous relever.
Nous avançons avec une meilleure connaissance de nous-mêmes.
Nous savons maintenant ce qui nous épuise, ce qui nous blesse et ce que nous ne voulons plus accepter. Nous apprenons à reconnaître nos limites, à écouter notre corps et à respecter notre rythme.
Nous découvrons aussi qui demeure près de nous lorsque nous ne sommes plus capables d’être la personne forte sur laquelle tout le monde pouvait compter.
Tout cela possède une valeur immense.
Ce n’est pas du vide. Ce n’est pas rien. C’est un bagage parfois lourd, bien sûr, mais rempli d’enseignements.
Faire le deuil de notre ancienne vie
La reconstruction ne consiste pas à redevenir exactement la personne que nous étions avant.
Cette personne a vécu quelque chose qui l’a profondément transformée. Vouloir absolument revenir en arrière peut nous garder prisonniers d’une version de nous-mêmes qui n’existe plus.
Il faut parfois faire le deuil de notre ancienne vie.
Le deuil de certaines capacités, de certains rêves, d’un métier ou d’une façon de fonctionner. Le deuil de la personne qui pouvait tout accomplir sans s’arrêter et sans demander d’aide.
Ce deuil peut être douloureux. Il ne se fait pas en une journée et il n’avance jamais en ligne droite.
Certains jours, nous voyons le chemin parcouru. D’autres jours, une odeur, un bruit, une date ou un souvenir nous ramène plusieurs pas derrière.
Cela ne signifie pas que nous avons échoué.
Cela signifie simplement que la guérison comporte des détours.
Se reconstruire autrement
Recommencer ne veut pas dire effacer notre histoire. Cela signifie décider d’en écrire un nouveau chapitre.
Un chapitre dans lequel nous nous choisissons davantage.
Un chapitre où nous n’essayons plus constamment de prouver notre valeur. Où nous comprenons que nous avons le droit de ralentir, de demander de l’aide, de dire non et de nous éloigner de ce qui nous fait du mal.
La reconstruction se fait rarement à travers de grands gestes spectaculaires. Elle commence souvent dans de toutes petites choses :
Prendre une douche.
Sortir marcher quelques minutes.
Répondre à un appel.
Demander de l’aide.
Dormir un peu mieux.
Rire sans se sentir coupable.
Faire un projet.
Ressentir de nouveau l’envie de vivre.
Ces gestes peuvent sembler banals pour certaines personnes. Mais lorsqu’on revient de loin, ils représentent d’immenses victoires.
Grandir à travers la tempête
Je ne crois pas que tout arrive pour une raison. Certaines épreuves sont injustes, violentes et profondément douloureuses. Je ne remercierai jamais le TSPT d’être entré dans ma vie.
Mais je peux reconnaître ce que j’ai choisi de construire malgré lui.
J’ai appris à me connaître autrement. J’ai découvert une force différente : non plus celle qui endure tout en silence, mais celle qui accepte sa vulnérabilité et qui ose demander de l’aide.
J’ai compris que ma valeur ne dépendait pas de mon uniforme, de mon titre ou de ma capacité à être forte en tout temps.
J’ai également découvert que l’on peut perdre une ancienne version de soi sans perdre toute possibilité d’avenir.
C’est cela, pour moi, la croissance post-traumatique. Elle ne fait pas disparaître le traumatisme. Elle ne nie pas la souffrance. Elle signifie que quelque chose de nouveau peut aussi pousser au milieu des ruines.
Je ne repars pas de rien
Aujourd’hui, je ne dirais plus que j’ai recommencé ma vie à zéro.
J’ai recommencé avec de l’expérience plein le cœur, des leçons plein la tête et une force que je ne savais même pas posséder.
J’ai recommencé avec mes cicatrices.
Avec mes pertes et mes prises de conscience.
Avec mes peurs, mais aussi avec un courage nouveau.
J’ai recommencé avec une meilleure idée de ce que je voulais conserver dans ma vie… et de ce que j’étais enfin prête à abandonner.
Alors, si vous traversez actuellement une période où tout semble détruit, rappelez-vous ceci : vous ne repartez pas de rien.
Vous repartez avec tout ce que vous avez appris.
Vous repartez avec la preuve que, malgré les jours impossibles, vous êtes encore ici.
Vous repartez de vous.
Et même si vous ne savez pas encore exactement où ce nouveau chemin vous mènera, un pas à la fois, vous êtes déjà en train de reconstruire votre vie.
Love, Josée



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